Une impériale livraison...

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Une impériale livraison...

Message  Victoire le Dim 8 Mai - 11:46

[Saint-Empire Romain Germanique -what else?!-, Royaume de Lotharingie, Franche-Comté. Fin avril 1459]

En ce dimanche ensoleillé, à l'heure où l'office religieux prend fin et tandis que les mendiants se pressaient aux portes de l'église pour espérer recevoir quelque piécette tout droit sortie de la bourse d'une âme charitable, un somptueux carrosse traversa la place.

Quatre chevaux et autant de gardes. Sur la porte de la voiture, surmonté d'une couronne comtale, un blason que tout expert « ès écu-et-bordel-relatif-à-l'héraldique » digne de ce nom décrirait comme (un truc ressemblant à ce qui) suit: « d'azur semé de billettes d'or au lion aussi d'or couronné du même, armé et lampassé de gueules, tenant une roue dentée de sable remplie de gueules, de laquelle est issante une barre de métal d'argent tordue en forme de S ».

« S » comme « (sale bouseux) s'tu tiens ta chienne de vie, ne songes pas même à t'approcher, détourne le regard et surtout ferme ta gueule! ». Ceci pouvant être résumé en sept lettres:


Sochaux

A l'intérieur (de la voiture, donc...pour ceux qui ne suivent pas), un trésor inestimable. Mais point celui auquel nous pourrions nous attendre. Car le trésor dont il est question ici, ne peut (et ce n'est pas faute d'avoir essayé!) ni être simplement glissé en un joli écrin tel vulgaire bijou, ni réduit dans un coffre que l'on prendrait soin de cadenasser puis planquer en un lieu jalousement tenu secret. Non, le chargement dissimulé là, bien à l'abri des regards, du contact des gueux, des rayons du soleil ainsi que de tout ce qui, éventuellement, pourrait l'abimer, cette chose plus précieuse que toutes les -innombrables- richesses matérielles du Comte réunies...était sa fille. Et puisque, de tel joyau Sa Grandeur en possède deux, nous préciserons qu'en le cas présent il s'agit non point du premier, mais du second. La cadette, dernière merveille en date:

Victoire.

Oui, Victoire. Parce que soyons réalistes et surtout un minimum logiques, avant même de naître et ce par application de la Loi sacrée de de Génétique, cette enfant ne pouvait qu'être une gagnante. C'est comme une sorte de fatalité scientifique, dont bon nombre d'incultes ne parviendront jamais à saisir les subtilités. Et dans l'éventualité ou vous seriez l'un de ces malchanceux -auquel cas, nous compatissons-, pour faire simple, disons que créer une Victoire c'est...Bah c'est le genre de commandes franchement balèzes qui foutent la pression au Très-Haut lui même. Comprenez bien, quand on envoie la cigogne direction le clan Sparte ou Dumb, on a beau être the Top Chef, on ne peut se permettre de faire tout et n'importe quoi. On a pas le droit à l'erreur. Et lorsque l'adresse inclut Sparte ET Dumb, il y a de quoi carrément paniquer sachant qu'un mec comme Leif, n'hésiterait pas un seul instant à débarquer au Paradis Solaire à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit pour péter la tronche à tous les Saints parce que sa progéniture n'est pas conformes aux normes de Spartdumbitude.

Bon, en l'occurrence, le cuistot n'avait point trop de soucis à se faire car Il ne s'était pas planté dans la recette. Peut-être avait-Il juste eu la main un peu lourde sur la dose de Classe, qui pour le coup avait carrément triplé en comparaison des proportions habituelles. Même largesse niveau intelligence et beauté, ce qui aurait dû lui faire penser à augmenter un tantinet la quantité d'humilité pour équilibrer le tout. Manque de bol, Il avait comme qui dirait « zappé » ce détail....Tant pis pour l'humanité qui en subirait certainement, un jour ou l'autre, les conséquences!

(Musique angoissante)

...Mais pour le moment, la petite -petite, parce qu'encore enfant...non point parce que fille d'un nain- n'avait guère encore pleinement conscience de sa parfaite perfection et ne saoulait donc son monde qu'à un degré raisonnable. A la voir, sagement assise dans son carrosse, on aurait même pu croire qu'elle fût muette (ou droguée, à choix). Car en effet, depuis que la petite troupe avait quitté l'échoppe du joailler, la demoiselle miniature n'avait guère pipé mot. Dos bien droit, menton relevé et main soigneusement croisées sur ses gambettes, V (pour « Victoire », pas pour « Vendetta ») songeait à son achat, à Karl qu'elle aimait bien, à la tête que feraient les nouveaux époux en recevant son présent. Ils seraient certainement contents. Le saphir, ça fait toujours plaisir. Sauf aux gens qui n'ont aucun goût.

Accessoirement, elle écoutait aussi d'une oreille distraite la discussion que partageaient ses deux accompagnatrices, placées en face d'elle.


- (Yeux écarquillés) Quoi, il ne t'a pas invitée au dîner?
- (Soupir) Non. J'étais pourtant certaine qu'il le ferait!
- Moi aussi. Les hommes sont si...étranges!
- Oh que oui! Pas même une lettre, un signe...Rien.
- (Froncement de sourcils)...Depuis le bal? Mais que diable attend-il?

Elle ne comprenait pas. Non pas pourquoi ce sieur dont elles parlaient n'avait pas invité sa dame de compagnie à dîner, non. Plutôt pourquoi fallait-il que toutes deux perdent un tel temps à jacasser dans le vide au sujet d'un problème qu'elles n'étaient pas prêtes de résoudre ainsi. Et puis, s'il ne lui avait donné aucune nouvelle depuis près d'un mois, n'était-il pas temps qu'elle cesse d'espérer...et surtout d'ennuyer le monde avec cette histoire? Bon Dieu, si seulement son paternel n'avait guère été retenu au Parlement, elle aurait pu y aller avec lui chez le type des bijoux, au lieu de se coltiner le petit personnel! M'enfin soit. Au bout d'un moment, elle se décida brusquement à prendre la parole:

- Tu sais Marie, p't'être que c'est juste qu'il te trouve pas belle!
- Oh, Mademoiselle, mais non. Lorsque vous serez plus âgée, vous comprendrez...
- Ha bon? Passsque toi t'as compris? On dirait pas, pourtant!
- Les relations entre les adultes sont compliquée, savez-vous.
- Bah moi par exemple, c'est Père qui choisira mon marié. C'est passsque c'est comme ça. Mais quand c'est moi qui choisis, j'choisis que qu'est-ce que j'aime.
- Ahem oui. Et?
- Et si par exemple, j'ai faim. J'mange un gâteau. Mais si l'gâteau il a pas l'air bon, je le mange pas. Toi t'es pas très jolie, donc p't'être il a pas envie. Mais si tu veux lui, faut te rendre plusss jolie. Les gâteaux, pour les rendre plusss meilleurs, tu rajoutes de la crème dessus, et toussa. Toi t'es une fille, si tu rajoutes des bijoux et toussa, tu seras plusss belle. Et si lui il est nul et il préfère les légumes aux gâteaux, tu trouveras un autre sieur. Un qui aime ça, les gâteaux...P't'être même un plusss beau qu'lui, et plussss riche. Tu vois?...Donc quand on rentre, on va t'habiller belle, te coiffer mieux, te mettre des bijoux. Pis t'arrêtes de te plaindre. Picétou.

Et les deux oies se turent, ne sachant que répondre à cela. Et Victoire reposa, l'air blasée, son regard sur le paysage défilant au dehors. Avant d'ajouter quelques secondes plus tard.

- On est bientôt arrivés? A cause de toi, j'ai faim maintenant.


[Bien loin du Royaume de Lotharingie, devant la résidence Dampierre. Mai 1459]

Ses paumes étaient légèrement moites. Il ne lui restait que quelques pas à faire, mais il savait que si par malheur le paquet devait être abimé...ou pire! S'il tombait maintenant...il serait probablement pendu à son retour en Franche-Comté. Heureusement pour lui, telle catastrophe fut évitée, et c'est donc soulagé qu'il s'empressa de s'annoncer auprès de qui de droit.

- Je suis envoyé par Sa Grandeur Leif von Dumb de Sparte, Comte de Sochaux, Vicomte de Rochefort-sur-Nenon, Baron de Mouthe et Seigneur de Villargent. J'ai là un présent à remettre à Messire Karl de Dampierre, ou son cousin, Messire Guy de Dampierre.


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Re: Une impériale livraison...

Message  Guy_de_Dampierre le Mer 11 Mai - 19:19

Bruges, Hôtel de Dampierre.

Le majordome de la maison, le jeune et énergique Wouter, était en train de donner libre cours à son obsessionnelle méticulosité en réajustant les cadres de la petite galerie. La peste soit de cette nouvelle mode de la peinture sur bois, italienne ou flamande, qui pendait toujours de travers. Il préférait de loin les tapisseries qui avaient l'avantage de ne jamais se déséquilibrer tant que la barre était droite, ce qui, avec lui à la manoeuvre, était toujours le cas.

Se reculant pour vérifier que ce petit van Eycke récemment acquis était bien droit, il se fit interrompre par un valet de pied. Il regarda l'importun résigné. Le petit personnel n'avait vraiment aucun esprit d'initiative. Et cela valait mieux, quand ils en avaient ça ne manquait jamais de tourner à la catastrophe.


- Quoi encore?

- Et bien, Messer Wouter, un visiteur désire voir le Chevalier ou Messire de Dampierre. Il est porteur d'un présent et d'une missive. J'ai cru bon de te prévenir.

Wouter leva les yeux au ciel. Combien de fois n'avait-il pas expliqué à son équipe que, en français, on ne disait pas "tu" mais "vous" aux personnes de rang supérieur?

- Il a dit qu'il venait de la part de sa Grandeur le comte de Leif van Dombes de Sarthe, comte de la Chaux, baron de ...

Il interrompit le valet du geste. Autant qu'il arrête tout de suite le massacre du nom de Leif von Dumb de Sparte qu'il avait deviné sans mal. Il était du devoir d'un majordome de savoir à quoi étaient occuppés ses maîtres en toute discrétion, et le nom du Comte de Sochaux lui était familier.

- Ca va, ça va, j'ai compris. J'arrive...

Avec son air de jeune cadre dynamique, Wouter arriva devant le massager. Aux armes, il conclut qu'il avait bien deviné.

- Bien le bonjour. J'espère que vous fîtes bon voyage depuis la Comté franche de Bourgogne.

Sans même attendre de réponse à une question évidente, puisqu'il était là, Wouter poursuivit.

On me dit que vous avez missive et présent. Messire Guy de Dampierre est en ce moment ici-même. Vous pouvez me confier votre paquet sans crainte, que j'aille lui porter immédiatement.

Il fit signe au valet qui le suivait.

- Mais allez donc vous restaurer à la cuisine, vous devez avoir grand faim. On a préparé duuuu...

Mais que restait-il au juste?

- ... Kip en witloof.

Compléta le valet.

- C'est ça: du poulet au chic... aux endives.

Affectant de parler le français comme les gens qu'il servait, le majordome se montrait zélé pour apparaitre le plus Français possible, essayant même à tout prix d'adopter une façon de parler digne des lettrés de Paris malgré un accent flamand qui transparaissait à chaque "r" dont il ne parvenait pas à se défaire du roulement caractéristique des locuteurs du patois d'Oudenaarde. Et le mot "chicon", en usage à ce confin du territoire sous domination de la Reine de France, devait donc être proscrit. Cela amusait autant la maisonnée que ça l'agaçait, du plus petit garçon d'écurie aux membres de la famille.

Sans attendre, il monta à l'étage où se trouvait le bureau de Guy de Dampierre, Seigneur de Pibrac. Wouter gratta à l'huis, immédiatement, on lui répondit:

- 'Trez!

Le Procureur de Flandres était à sa table de travail annotant fébrilement un document, en saisissant un autre pour vérifier une information, et se remettant à annoter. Sans même lever les yeux, il fit un signe furtif de la plume au majordome qui attendait à bonne distance pour qu'il s'avance.

- Une missive et un présent, de la part de Sa Grandeur le Comte Leif von Dumb de Sparte, Maître.

Relevant la tête, il se caressa le menton du bout de la plume... Leif von Dumb de Sparte? Il réflechit un instant et ne parvenait pas à mettre un visage sur ce nom; un problème qui poursuivait un homme de dossier comme lui.

- Le Comte de Sochaux... Franche-Comté.

Poursuit le majordome en voyant son maître pédaler dans la choucroute.

- Ah, oui! Juste. Mon cousin est en... relation avec lui et sa fille. C'est bien cela?

Le jeune domestique se contente de confirmer du chef.

- Et c'est pour moi? Pas pour Karl?

A l'homme d'encore opiner.

Sur ce, le jeune seigneur de Pibrac lui fait signe de la tête de poser le présent sur la table et de lui tendre la missive.

Les yeux de Guy parcourent les mots du Comte Leif, et ayant fini, il ouvre le paquet. Apparaissent à ses yeux deux bagues ornées de saphirs, un présent de choix, de goût et de prix.

Il relève les yeux vers Wouter, et lui fait signe de s'en aller.


- Merci, Wouter.

Mais avant qu'il ne disparaisse:

- Attends!

Le majordome se réapparait entièrement.

- Le messager est toujours là?

- Oui, Maître, il est dans la cuisine, il se restaure.

- Parfait, dis-lui d'attendre, je vais rédiger la réponse.

- Bien, Maître.

Alors que Wouter quitte le bureau, Guy prend une feuille de parchemin et se met à poser les mots sur le papier de son écriture rapide et nette.
"Bruges, le 11 mai mil-quatre-cents-cinquante-neuf

Votre Grandeur,

Mon épouse Cerise et moi-même sommes surpris, émerveillés et flattés par la générosité de votre présent.

Votre intention nous touche d'autant plus que nous n'avons pas encore eu l'honneur et le plaisir de nous rencontrer de visu et qui démontre votre grandeur d'esprit par l'expression d'un a priori si positif. Cependant, il se pourrait que cet impardonnable manque puisse se régler de par un prochain voyage vers l'Helvétie que les Flandres sont résolues d'aider à s'extirper des affres de l'hérésie et de l'impiété. Il me serait fort aise, à cette occasion d'être reçu par vous en audience, si il vous plait, bien sûr.

Nous vous remercions pour ce précieux cadeau que nous conserverons chèrement auprès de nous comme un symbole d'amitié et de relations heureuses entre nos familles. Nous vous remercions également pour vos compliment qui nous vont droit aux coeurs et que nous lisons comme un bénéfique présage pour ce mariage qui nous unis.

Je vous prie, Votre Grandeur, de croire en l'expression de mes considérations les plus respectueuses, ainsi qu'en celle de Madame mon épouse, Cerise,

Guy de Dampierre
Seigneur de Pibrac, Douaire de Lévignac"


Il se relit, jette du sable et souffle sur la feuille, qu'il ne scelle pas, le nouveau étant encore en commande. Il tire ensuite sur le cordon relié à une clochette pour faire venir du monde, et profite de l'attente pour plier la missive, se contentant de la clore avec une pointe de cire rouge. Peu après arrive Wouter lui-même qui savait que rien ne tardait jamais beaucoup avec le Procureur.

- Wouter, porte cela au messager et n'hésite pas à lui dire la satisfaction de ton maître. Donne lui aussi quelques écus pour sa peine.

- Oui, Maître.

Le majordome prend le pli pour aller le confier au porteur qui se délècte encore de la gastronomie traditionnelle du Plat Pays, dont les cuisiniers parviennent à enlever à l'endive son amertume extrême pour en faire un légume certes pas doux, mais agréable et fondant en bouche.
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